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Route 66 : 100 ans de rêve américain

Photo du rédacteur: Lolus
Lolus
13 août
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Chicago. Los Angeles. 4 000 kilomètres de bitume, de poussière, de motels, de stations-service et de bagnoles américaines.


Pendant près de 60 ans, la Route 66 a conservé son mythe légendaire, traversant les États-Unis d’est en ouest, reliant les rives du lac Michigan au Pacifique, avant sa disparition (ou presque). Elle a transporté des familles, des travailleurs, des soldats, des touristes et suffisamment de Chevrolet V8 pour faire tousser la planète.


Mais derrière les néons, les diners et les gros pick-up chromés, la Route 66 raconte surtout quelque chose de beaucoup plus grand : la transformation de l’Amérique par l’automobile.

Et en 2026, la vieille dame fête ses 100 ans !


Asphalte historique route 66

1926 : naissance d'une route pas encore mythique


Au début des années 1920, les États-Unis ont un petit problème : ils sont immenses, mais leurs routes sont vraiment merdiques. Le pays dispose déjà de nombreux chemins et routes locales, mais ils sont mal entretenus, rarement goudronnés et peu adaptés aux longs trajets. Traverser le pays en voiture relève encore de l'expédition.


En 1926, le gouvernement américain crée donc son premier véritable réseau fédéral d'autoroutes. Parmi les nouvelles routes figure la U.S. Highway 66, qui relie Chicago à Los Angeles sur environ 2 400 miles, soit près de 4 000 kilomètres. Elle traverse huit États : Illinois, Missouri, Kansas, Oklahoma, Texas, Nouveau-Mexique, Arizona et Californie. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, la Route 66 n'est pas construite de zéro, elle est en réalité constituée d'un assemblage de routes existantes, parfois très anciennes. La fameuse « Mother Road » est donc davantage une nouvelle identité donnée à un réseau de chemins préexistants qu'une route entièrement nouvelle.


Son tracé est également loin d'être choisi au hasard, puisqu'il doit permettre de relier efficacement le Midwest à la côte Pacifique tout en évitant autant que possible les reliefs les plus compliqués. La Route 66 devient rapidement l'un des itinéraires les plus pratiques pour rejoindre l'Ouest.


Mais en 1926, ne vous imaginez pas encore filer à 130 km/h avec la climatisation et Spotify comme sur les routes d'aujourd'hui. Une grande partie de la route est encore en mauvais état et le revêtement complet ne sera terminé qu'en 1938.


Fin du tracé de la route 66 historique à Santa Monica

La route qui fait vivre les petits bleds


La magie de la Route 66 ne vient pas uniquement du fait qu'elle traverse l'Amérique, elle vient aussi de ce qu'elle crée autour d'elle : des stations-service apparaissent, puis des garages, des cafés, des restaurants, des motels, des petits commerces...


Pour les villes et villages traversés, la route représente une véritable opportunité économique ! Un automobiliste qui s'arrête pour faire le plein peut aussi manger un steak, dormir une nuit, acheter une paire de bottes ou réparer son moteur. Et petit à petit apparaît un modèle économique qui deviendra emblématique de l'Amérique : la roadside culture.


Des bâtiments conçus pour être vus depuis la voiture, des enseignes géantes, des néons, des panneaux publicitaires, des restaurants avec parking, des motels accessibles directement depuis la route... tout ça voit le jour, et autrement dit, c'est la création du marketing avant même l'invention du mot "marketing" !


La Route 66 devient ainsi une gigantesque vitrine du commerce américain.


The "Blue Swallow Motel"

1930 : la route de ceux qui fuient


Puis arrive la Grande Dépression, et la Route 66 change complètement de dimension ! Dans les années 1930, le Dust Bowl ravage une partie des Grandes Plaines américaines : sécheresse, tempêtes de poussière et crise agricole poussent des centaines de milliers de personnes à quitter leurs terres, notamment en direction de la Californie. C'est alors que la Route 66 devient une des grandes voies de cette migration vers l'Ouest. Elle n'est plus seulement une route commerciale ou touristique, elle devient une route de survie.


C'est cette histoire que John Steinbeck immortalise dans Les Raisins de la colère, publié en 1939 : le voyage de la famille Joad vers la Californie s'inscrit directement dans cette grande migration des populations frappées par la crise. Steinbeck contribuera d'ailleurs largement à transformer la Route 66 en symbole littéraire de l'espoir, mais aussi de la pauvreté et de la recherche d'une vie meilleure. La « Mother Road » n'est donc pas seulement la route du rêve américain, elle est aussi celle de ceux qui essaient désespérément de l'atteindre.


Historic Route 66

Les années 1950 : bienvenue dans l'Amérique automobile


Après la guerre, l'Amérique devient progressivement le pays de la voiture : les familles s'équipent, les salaires augmentent, les banlieues se développent et les vacances deviennent accessibles à une partie croissante de la population. La Route 66 devient alors le terrain de jeu idéal ! Le programme typique ? On part en famille vers l'Ouest, on traverse le désert, on s'arrête dans un diner, on dort dans un motel avec piscine et évidemment on mange un burger sous un néon gigantesque ! Ah et j'ai failli oublier... surtout on avale de l'asphalte !


La Route 66 devient alors un symbole de liberté individuelle et de mobilité (doux rêve qui s'éloigne petit à petit de nous dans l'hexagone...). Le rêve américain prend la forme d'une automobile lancée sur une longue ligne droite, la fameuse image que tout le monde a en tête. C'est aussi l'époque où apparaissent certaines des images qui font encore aujourd'hui fantasmer les amateurs de bagnoles : grandes stations-service, motels futuristes, enseignes lumineuses et attractions complètement absurdes destinées à faire ralentir les automobilistes. Le principe est simple : si tu vois un dinosaure en béton de 12 mètres depuis l'autoroute, tu t'arrêtes. Du génie !


La recette est désormais parfaite : bagnoles + grands espaces + liberté + musique + aventure = jackpot culturel.


Diner sur la route 66 avec des néons

1956 : le début de la fin


Et puis arrive l'ironie ultime : la Route 66 contribue tellement à développer l'automobile américaine que l'automobile finit par la tuer. En 1956, le président Dwight Eisenhower lance le grand programme américain de construction du réseau Interstate Highway System. L'objectif est de construire des routes plus rapides, plus larges et plus sûres, capables notamment de répondre aux besoins militaires et économiques du pays.


Pour les automobilistes, c'est formidable puisque que tu peux conduire mieux et plus sereinement sur des voies rapides. Pour les petites villes de la Route 66, beaucoup moins. Les nouvelles autoroutes contournent progressivement les centres-villes et le conducteur ne traverse plus le bled, il passe à côté... Et s'il ne passe plus devant le diner, la station-service ou le motel… il ne s'y arrête plus. Résultat, des commerces ferment, des stations-service disparaissent et des motels abandonnent leurs enseignes.

La Route 66 commence doucement à mourir.


Fun fact, c'est l'histoire décrite dans le Disney mondialement connu Cars ! Le film met en scène Radiator Springs, petite ville autrefois animée par le passage de la mythique Route 66, qui se retrouve désertée lorsque l'autoroute est construite à quelques kilomètres de là. Le film est évidemment romancé, mais son message est très réel : en privilégiant la vitesse et les nouvelles autoroutes, l'Amérique a aussi condamné une partie des petits villages et des commerces qui vivaient du trafic de la Route 66.


Le snack et magasin de souvenirs "4 Women on the Route" à Galena (KS)

1985 : officiellement morte… mais pas vraiment


Au fil des décennies, différents tronçons sont remplacés par les nouvelles Interstate Highways. En octobre 1984, l'Interstate 40 remplace le dernier tronçon de Route 66 à Williams, en Arizona. Puis, en 1985, la Route 66 est officiellement retirée du réseau fédéral américain.


Administrativement, c'est terminé. Mais culturellement, absolument pas ! Des passionnés, des historiens et des associations commencent à se mobiliser pour préserver les anciens tronçons et les bâtiments historiques. Une partie importante de son ancien tracé est encore accessible aujourd'hui, même si elle n'est plus continue. Des panneaux « Historic Route 66 » apparaissent, des motels sont restaurés, des diners rouvrent et des musées racontent son histoire. Progressivement, la Route 66 devient ce qu'elle est encore aujourd'hui : une route fantôme transformée en destination touristique.


Historic Route 66 - Route 66 Museum
U.S. National Archives and Records Administration

2026 : 100 ans de Route 66


Et voilà pourquoi 2026 est une année particulière. La « Mother Road » fête son centenaire ! Un siècle après sa création, elle n'est plus la grande artère commerciale qu'elle était autrefois, mais elle est devenue quelque chose de peut-être encore plus puissant : un symbole et un souvenir.


Le symbole d'une époque où prendre sa voiture et partir vers l'Ouest représentait la liberté, l'aventure et la possibilité de recommencer ailleurs. Une époque où une station-service pouvait devenir un monument, où un motel pouvait être une destination et où une voiture pouvait représenter bien plus qu'un simple moyen de transport. La Route 66 n'a finalement jamais vraiment vendu une destination, mais plutôt l'idée du voyage.


Cent ans après sa naissance, elle continue de faire rêver.


À retenir

  • 1926 : Création officielle de la Route 66

  • 1930s : Elle devient une voie majeure de migration vers l'Ouest pendant le Dust Bowl

  • 1939 : Les Raisins de la colère de John Steinbeck immortalise cette migration

  • 1950s : Âge d'or du road trip et de la culture automobile

  • 1956 : Eisenhower lance le réseau Interstate

  • 1985 : La Route 66 est officiellement décommissionnée

  • 1990 : Le Congrès reconnaît sa valeur historique et culturelle

  • 2026 : La « Mother Road » fête ses 100 ans

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