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Porsche 550 Spyder : la petite Porsche qui voulait manger les géants

Photo du rédacteur: Lolus
Lolus
6 juil.
8 min de lecture

Au début des années 1950, Porsche n’est pas encore Porsche. Enfin, pas vraiment.

La marque existe, bien sûr. Elle a déjà la 356, cette petite sportive légère, fine, "artisanale", qui commence à faire parler d’elle. Mais dans l’Europe d’après-guerre, l’automobile de prestige se joue encore ailleurs. Ferrari fait rêver l’Italie, Jaguar impose sa classe britannique, Mercedes-Benz prépare son grand retour et Porsche, dans tout ça, ressemble encore à un jeune constructeur un peu fragile, qui cherche sa place dans une cour peuplée de seigneurs.


Mais il y a une chose que Porsche comprend très tôt : dans l’automobile, on ne devient pas une légende avec le marketing. On devient une légende en gagnant. Or, pour gagner, il ne suffit plus de modifier des voitures de série.


Au début des années 1950, Porsche le sait : la 356 a beau être agile, elle n’est plus suffisante pour aller chercher les grandes victoires. Il faut une vraie voiture de course, une voiture pensée dès le départ pour la piste, pour la route, pour l’endurance, pour les pilotes qui n’ont pas peur de rentrer chez eux avec les bras tétanisés et les oreilles en ruine.


C’est dans ce contexte que naît la Porsche 550 Spyder.

Elle n'est ni un caprice de designer, ni une voiture faite pour parader devant un palace. C'est une arme légère, nerveuse, conçue pour faire ce que Porsche fera toute sa vie : battre plus puissant qu’elle.


Une Porsche 550 Spyder
Porsche 550 Spyder. © Porsche AG. Tous droits réservés. Photo utilisée à titre éditorial.

1953 : naissance d’un petit animal dangereux


En 1953, Porsche développe ses premiers prototypes de 550. La voiture est basse, minuscule et collée au sol. Elle ressemble à un couteau suisse aérodynamique, taillé pour la vitesse pure.

Son nom, “550”, colle parfaitement à sa philosophie : la légèreté avant tout : la voiture pèse autour de 550 kilos selon les versions et configurations (quand on connait le poids des voitures actuelles, on a du mal à imaginer ...) et déjà à l’époque, c’est une plume. Mais une plume avec les dents longues.


Sous la carrosserie en aluminium, Porsche installe un moteur quatre cylindres à plat, refroidi par air et placé en position centrale arrière. Et là, il faut s’arrêter deux petites secondes.

Aujourd’hui, le moteur central est devenu une évidence pour beaucoup de voitures de sport radicales. Mais au début des années 1950, c’est encore une solution audacieuse ! La plupart des grandes sportives ont leur moteur à l’avant. Porsche choisit une autre voie : placer le moteur derrière les sièges, mais devant l’essieu arrière, pour améliorer l’équilibre.

Sur le papier, ce n’est pas la voiture la plus puissante du monde. Mais elle s'en fout, ce n’est pas son sujet.

Elle freine tard, tourne court, relance vite et passe là où les plus grosses doivent réfléchir. C’est une voiture qui ne cherche pas à dominer par la brutalité, mais par l’intelligence et la subtilité.

En gros, la 550 Spyder, c’est le petit nerveux en soirée qui ne paie pas de mine, mais que personne n’a envie de provoquer après l’avoir vu bouger.


Steering wheel of the 550 Spyder
Steering wheel of the 550 Spyder (1954) © Porsche AG. Tous droits réservés. Photo utilisée à titre éditorial.

Porsche découvre sa formule magique


Avec la 550, Porsche pose les bases de ce qui deviendra son ADN : moins de poids, plus d’équilibre, une efficacité clinique.

La voiture est spartiate : il y a deux sièges, une carrosserie ouverte et donc pas de confort inutile. On ne monte pas dans une 550 Spyder pour se faire masser les lombaires, mais bien pour faire corps avec une machine. Chaque ligne semble avoir été dessinée pour éviter de déranger l’air. Le cockpit est exposé ce qui donne l'impression au pilote d'être autant dehors, que dedans.


Dans un monde automobile où beaucoup de constructeurs misent encore sur la noblesse mécanique, le prestige ou la puissance brute, Porsche invente une autre manière d’être rapide. Une manière plus modeste en apparence, mais redoutablement efficace.


1953 : Le Mans, premier grand frisson


Dès 1953, la 550 se retrouve dans le bain des grandes courses, et ce, pas n'importe où, aux 24 Heures du Mans !

À l’époque, Le Mans est un tribunal, plus seulement une course. Une voiture peut y devenir immortelle ou y exploser sa réputation en quelques heures. Il faut aller vite, oui, mais surtout tenir, touuuuuuute la nuit. Sous la pluie éventuellement, tenir les relais successifs, tenir les vibrations, les freins qui chauffent, les pilotes qui fatiguent, les mécaniques qui supplient qu’on les laisse mourir tranquillement.


La Porsche 550 arrive au Mans comme une petite nouvelle, encore peu connue, face à des marques plus installées. Mais elle va faire ce que Porsche adore faire : gagner dans sa catégorie et imposer le respect.


Alors certes, ce n’est pas encore la domination totale. Ce n’est pas encore l’ère des 917, des 956 ou des 911 RSR. Mais c’est un premier signal. La voie est ouverte et l'avenir semble très pormetteur !


Une Porsche 550 Spyder
550 Spyder, Fjordluft, Lærdal, Norway, 2024 © Porsche AG. Tous droits réservés. Photo utilisée à titre éditorial.

La Carrera Panamericana : l’enfer mexicain


Mais la 550 Spyder ne devient pas une légende uniquement sur les circuits européens. Elle se construit aussi sur les routes démentes de la Carrera Panamericana.

Pou rappel, la Carrera Panamericana, c’est l’une des courses les plus folles de l’histoire automobile. Une traversée du Mexique à des vitesses absurdes, sur des routes ouvertes, entre montagnes, chaleur, poussière, altitude et virages qui semblent avoir été dessinés par quelqu’un de très fâché avec la sécurité routière. Aujourd’hui, une course comme ça serait probablement interdite avant même la réunion PowerPoint de lancement. Mais à l’époque ... on appelait ça du sport automobile !


En 1953, Porsche y décroche une victoire de classe avec la 550 Spyder. L’année suivante, Hans Herrmann et Jaroslav Juhan signent un résultat encore plus marquant, terminant premier et deuxième de leur catégorie, et même troisième et quatrième au général.


C’est dans cette époque-là que le mot “Carrera” entre profondément dans la mythologie Porsche. Carrera, en espagnol, signifie à la fois course, carrière, trajectoire. Difficile de faire plus parfait pour une marque qui veut transformer la vitesse en identité.

Plus tard, Porsche donnera ce nom à certaines de ses voitures les plus célèbres, et aujourd’hui encore, quand on entend “911 Carrera”, on entend l’écho lointain de ces routes mexicaines où des hommes roulaient beaucoup trop vite avec beaucoup trop peu de protection.


Hans Herrmann, Porsche 550 Spyder, Carrera Panamericana, 1954
Hans Herrmann, Porsche 550 Spyder, Carrera Panamericana, 1954 © Porsche AG. Tous droits réservés. Photo utilisée à titre éditorial.

Hans Herrmann et la barrière de train


Il y a une anecdote qui résume à elle seule l’esprit de cette époque.

En 1954, lors des Mille Miglia, Hans Herrmann pilote une Porsche 550 Spyder avec Herbert Linge comme copilote. Les Mille Miglia, c’est encore une autre folie : une course sur route ouverte à travers l’Italie, où les voitures traversent villes, villages et campagnes à des vitesses que même Waze n’oserait pas calculer.


À un moment, Herrmann arrive près d’un passage à niveau, la barrière commence à se baisser, un train approche. Dans une voiture normale, avec un instinct de survie normal, on freine. Herrmann, lui, passe... La 550, si basse, se glisse sous la barrière en train de descendre. La voiture continue sa route et les passagers survivent, tout comme la légende !

C’est le genre d’histoire qui paraît inventée par un attaché de presse sous espresso, mais qui pourtant fait partie de la mythologie officielle de Porsche.


Une photo de Porsche 550 Spyder avec Hans Herrmann
Porsche 550 Spyder, Hans Herrmann, ca. 2015, © Porsche AG. Tous droits réservés. Photo utilisée à titre éditorial.

1955 : James Dean entre dans l’histoire


Et puis tu t'y attendais, arrive James Dean. Là, l’histoire change totalement de sphère.

James Dean est un acteur qui aime les voitures, certes, et il est aussi l’incarnation d’une jeunesse nerveuse et fragile. Il a ce visage de type qui semble déjà appartenir au passé alors qu’il n’a même pas 25 ans. Il tourne peu de films, mais assez pour devenir une icône. À l’écran, il représente le malaise adolescent, la rébellion, la solitude. Bon et il se trouve que ce jeune homme aime beaucoup la vitesse.


Avant la 550, Dean conduit déjà une Porsche 356 Speedster et il participe à des courses en Californie. Ce n’est pas juste une lubie de star, il aime vraiment piloter et l'automobile dans son ensemble. Il veut progresser et il veut courir.


C'est en septembre 1955 qu'il achète une Porsche 550 Spyder, une voiture beaucoup plus radicale que sa 356. Elle est plus basse, plus rapide et plus pointue. C'est tout simplement une vraie machine de course avec une plaque d’immatriculation. Et il lui donnera un petit nom mignon : “Little Bastard”.


Le 30 septembre 1955, James Dean prend la route vers Salinas, où il doit participer à une course. À ses côtés se trouve son mécanicien, Rolf Wütherich. La voiture porte le numéro 130, elle est déjà devenue une image avant même de devenir un drame... En effet, c'est sur une route californienne, près de Cholame, qu'une Ford Tudor tourne à une intersection. La Porsche arrive, le choc est violent, James Dean ne s'en sortira pas et meurt à 24 ans...

Tragiquement, c'est à partir de cet instant, la Porsche 550 Spyder cesse d’être seulement une voiture de course. Elle devient un mythe.


Une photo de James Dean dans une publicité pour le film Rebel Without a Cause
Par In-house publicity still — Warner Bros. publicity still for for the film Rebel Without a Cause, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=182920454

Le piège du mythe


Il faut être prudent avec cette histoire, parce qu’elle attire forcément le sensationnalisme.

Après l’accident, la légende de “Little Bastard” prend une dimension surnaturelle. On raconte que la voiture était maudite, que certaines pièces récupérées auraient provoqué d’autres accidents, que l’épave aurait disparu mystérieusement etc... Comme souvent, le réel et le folklore finissent par se mélanger. Et soyons honnêtes : l’idée d’une voiture maudite arrange tout le monde puisque qu'elle donne à l’histoire une épaisseur gothique, elle transforme un accident tragique en récit hollywoodien et elle permet de faire frissonner les passionnés dans les dîners.


La vraie force de ce mythe, c’est cette rencontre brutale entre un acteur devenu symbole de jeunesse éternelle et une voiture qui représentait la vitesse pure. James Dean meurt jeune, au volant d’une machine jeune, dans une époque qui commence à idolâtrer la rébellion.


550 Spyder, 718 Spyder RS Panamericana Special, 2024
550 Spyder, 718 Spyder RS Panamericana Special, 2024 © Porsche AG. Tous droits réservés. Photo utilisée à titre éditorial.

L’héritage : la première vraie Porsche de course


La Porsche 550 Spyder n’a malheureusement pas été produite en grand nombre : on parle d’environ 90 exemplaires, ce qui suffit à rendre chaque voiture aujourd’hui extrêmement recherchée ! Cela dit, son importance, elle, dépasse largement ses volumes.


La 550 est l’une des voitures qui ont donné à Porsche sa grammaire sportive.

  • Elle a prouvé qu’une petite voiture légère pouvait rivaliser avec des machines plus puissantes.

  • Elle a installé l’idée que la performance pouvait venir de l’équilibre, pas seulement du moteur.

  • Et enfin, elle a contribué à construire le lien profond entre Porsche et l'endurance.


On retrouve son esprit dans beaucoup de Porsche modernes. Dans le Boxster, bien sûr, avec son moteur central et son côté roadster agile, dans les Cayman les plus affûtés et même dans la philosophie générale de la marque : cette obsession de la précision, du poids, du placement, du ressenti.

La 550 Spyder, c’est un peu le moment où Porsche trouve sa voie. Avant elle, la marque cherche encore comment se raconter. Après elle, elle sait.


Une Porsche 550 sur circuit
Par Softeis — Travail personnel, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=833720

Épilogue : petite voiture, énorme légende


La Porsche 550 Spyder est fascinante parce qu’elle ne coche pas les cases habituelles du fantasme automobile (d'où mes nombreuses négations dans cet articles !)

  • Elle n’est pas énorme.

  • Elle n’est pas luxueuse.

  • Elle n’est pas confortable.

  • Elle n’a pas douze cylindres

Mais elle a mieux que ça. Elle a une légende.


L'histoire de cette voiture raconte Porsche avant la gloire. Une époque où le sport automobile était brute et brutal, avant les normes modernes que l'on connait. Les pilotes n'avaient pas de simulateurs à l'époque, les voitures n'avaient pas toutes les assistances modernes et obligatoires contemporaines.

Et puis, forcément, cette voiture raconte James Dean. Cette histoire et ce vécu lui donne évidemement une aura particulière et une beauté un peu triste.


La Porsche 550 Spyder n’est pas seulement une voiture importante dans l'histoire automobile, c’est une légende mécanique !

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