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Pourquoi certains sportifs deviennent iconiques (Jordan, Ali…) ? — La psychologie du mythe

  • Photo du rédacteur: Lolus
    Lolus
  • 18 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 déc. 2025

Il existe des champions… et il existe une poignée d’êtres humains qui échappent aux lois du réel. Des athlètes qui franchissent un seuil invisible : ils ne gagnent plus seulement des titres, ils deviennent des mythes. Des légendes. Jordan. Ali. Pelé. Serena. Usain. Leur nom n’est plus un nom : c’est une évidence culturelle, un repère, un morceau de notre imaginaire.


Les sociologues et anthropologues l’expliquent depuis longtemps, le sport n’est pas qu’une compétition, c’est un "théâtre social", un espace où se rejoue notre imaginaire collectif. Durkheim, Barthes, Campbell, Goffman… tous ont posé les bases de cette lecture symbolique.


Mais qu’est-ce qui transforme un sportif en icône mondiale ? Pourquoi certains dominent leur discipline tandis que d’autres transcendent leur époque ? La réponse se cache au croisement de la psychologie, de la sociologie… et de ce petit supplément d’âme, de cœur ou d’aura que seuls les très grands possèdent (ou les Petits Kikis).


Mohamed Ali qui pose avec les gants de boxe aux mains

La domination : mais pas n’importe laquelle


Premier critère : gagner, même si ça ne suffit pas. Des dizaines de sportifs ont dominé leur sport sans devenir des légendes universelles. Ce qui distingue les mythes, c’est la forme de leur domination :


·      Ils gagnent avec un style reconnaissable. Jordan ne se contentait pas de marquer : il volait. Ali ne se contentait pas de boxer : il dansait et prophétisait. Bolt ne courait pas : il dressait ses mains vers le ciel après chaque victoire (un geste devenu célèbre grâce à lui, même si on avait déjà vu Vince Carter le faire bien avant, lors du concours de dunk en 2000 !). C’est ce que les psychologues appellent le marquage esthétique : un geste, une allure, une façon d’exister qui devient instantanément iconique. Un mythe doit pouvoir tenir en une image : le jumpman, le poing levé d’Ali, le geste de Bolt.


·      Ils gagnent face à l'adversité. Le public n’admire pas l’invincible. Il admire celui qui tombe, doute, revient, résiste. L’icône sportive suit souvent une structure quasi mythologique : obstacles, chute, transformation, renaissance. C’est la mécanique du “Hero’s Journey” de Joseph Campbell théorisée dans son livre The Hero with a Thousand Faces. Ali suspendu trois ans. Jordan brisé par l’assassinat de son père. Bolt blessé, critiqué, sous-estimé. Le mythe naît de la victoire, mais plus encore du combat pour la victoire.


Le charisme : cet ingrédient impossible à fabriquer


On peut entraîner le physique. On peut perfectionner la technique. Mais on ne peut pas créer le charisme. Les chercheurs le décrivent comme une combinaison de présence émotionnelle (le public ressent quelque chose), de confiance instinctive et de « magnétisme social ». Jordan dominait la pièce sans parler. Ali dominait la pièce en parlant non-stop. Deux opposés… mais le même résultat : impossibles à ignorer.


Usain Bolt qui pose le doit en l'air après une victoire

L’histoire personnelle : la matière première du mythe


Le mythe sportif ne naît jamais uniquement sur le terrain. Il se forge dans les origines, les épreuves et les convictions.


Jordan, coupé de son équipe au lycée, a donné le récit parfait du “rien n’est donné”. Ali refusant la guerre du Vietnam, un symbole qui dépasse le ring. Pelé, enfant pauvre de Três Corações, devient le rêve planétaire du football. Les légendes sportives incarnent une narration que chacun peut comprendre et réinterpréter. Ils peuvent s’identifier, se projeter et fantasmer. Le sport devient un symbole, et le sportif devient un message.


Le timing culturel : être le bon héros au bon moment


Aucun mythe ne survit sans le contexte socioculturel qui le porte. Le sociologue Pierre Bourdieu explique que chaque domaine (sport, art, politique…) fonctionne comme un “champ”, avec ses luttes, son marché symbolique, son économie interne.

  • Ali arrive dans l’Amérique ségrégationniste et devient une voix influente.

  • Jordan débarque dans une NBA en quête de stars globales.

  • Bolt émerge au moment où le sprint a besoin de reconquête médiatique.

  • Federer incarne l’élégance dans un monde sportif en pleine industrialisation.


Un athlète devient iconique lorsqu’il répond à une attente collective, parfois même sans s’en rendre compte. C’est ce que les sociologues appellent “l’ancrage symbolique” : une société se projette dans un individu qui résume son époque… ou ses contradictions.


Séréna Williams qui joue au tennis

Le marketing : l’amplification du mythe


C’est la partie moins romantique, mais essentielle. Nike, Adidas, Rolex… Ces marques ne créent pas la légende, mais elles la propagent. Jordan serait resté Jordan. Mais Jordan + Nike + NBA + stratégie globale = mythe planétaire.


Voici les ingrédients marketing des icônes : un logo identifiable (le Jumpman, le taureau de Nadal, le “Mamba“ de Kobe Bryant), une narration cohérente, une répétition massive, une esthétique forte et un storytelling sur plusieurs décennies. On en revient toujours au même point. Les marques ne vendent pas le sportif : elles vendent le sens qu’il incarne.


Le mythe sportif, c’est aussi l’art de transformer un être humain en fantasme collectif. Là où nous, pauvres mortels, essayons juste de comprendre pourquoi nos propres crossovers ne ressemblent jamais à ceux de Jordan ou Irving…


L’héritage : quand l’athlète dépasse sa carrière


Le sociologue Émile Durkheim explique que les sociétés créent des symboles pour se souder, se projeter, se reconnaître. Un sportif devient iconique lorsque son influence perdure après sa retraite, voire après sa mort. Toujours les mêmes exemples : Ali est un symbole éternel de courage et de liberté. Jordan, un modèle du marketing sportif moderne. Kobe incarnait une mentalité de Mamba devenue une philosophie de vie et Serena était une icône de puissance, de diversité et d’émancipation. Le mythe survit car il sert de référence morale ou culturelle.


La statue de Michael Jordan devant le United Center de Chicago

L'identification : se projeter dans l'extraordinaire


Le paradoxe des icônes sportives c’est qu’elles sont hors du commun, mais qu’elles nous donnent l’impression que nous aussi, quelque part, nous pourrions le devenir.

La psychologie appelle ça la “projection héroïque“ : on ne veut pas seulement admirer Jordan. On veut être Jordan. On veut ressentir la même liberté, la même confiance, la même énergie.

Le mythe sportif fonctionne car il crée une illusion positive : celle que le meilleur de l’humain est atteignable (spoiler alert : pas vraiment, mais ça fait du bien de le croire.)


Épilogue : les mythes ne naissent pas, ils se fabriquent — et nous les fabriquons avec eux


Jordan et Ali ne sont pas devenus iconiques par hasard. Ils incarnent un mélange extrêmement rare :

  • Domination spectaculaire

  • Histoire personnelle puissante

  • Charisme naturel

  • Contexte favorable

  • Marketing intelligent

  • Héritage durable

  • Projection émotionnelle du public


Les icônes sportives sont des miroirs. De nous-même, de la société, du contexte. On y voit la puissance, la beauté, la résilience et parfois ce petit truc qu’on aimerait tous posséder. Et c’est précisément là que naît le mythe : dans la fusion entre leur grandeur… et nos fantasmes.

 

1 commentaire


Alisson Bijaque
Alisson Bijaque
18 déc. 2025

J’adore cet article 😍

Le sujet est trooooop intéressant et le parallèle entre le sport et la sociologie super bien expliqué !

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